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AUGENMUSIK 

 

 

The performance Augenmusik proposes a poetic response to the news, in harmony with the city topography and the genuine experience of its inhabitants. The symbols of power are handed over to a singular human being. They are on the scale of individuals ; the walking, the geography and the sound composition challenge the urban body in a tangible way.

 

The walkers cross the city limit through its gates, which are the historical and strategic entry points controlling it. Platon chases away the poets of the ideal city. They arrive therefore from outside, along the axis leading to the market square. Center of the social life and gathering place where the direct democracy of the Greek polis is enacted, the market is also the heart of the economy and, therefore, of the show.

 

The ordinary practitioners of the city who «live beyond the thresholds of what is visible» - walkers - weave the itinerary, transform the topographic system of the city into space. «They are a spatial embodiment of the place, in the same way as speech is a sonorous embodiment of language» *. According to De Certeau’s formula, walking becomes «a space of enunciation». Here, the walkers appear as pilgrims whose words are created by their body. Associated with authority, they introduce a rupture by decontextualising the functional object, transforming it into a sign. Blue -  the royal colour.

 

The centripetal impulse of the walkers, the physical union of their bodies, resurrects the common, until the finale recomposes the unity of the fragmented score. The harmony of the original score is nonetheless betrayed by the sound medium : the score is created by the synthetical sounds of the siren. The security alert, the radicality, the brutality of the show resurect both the image and the even. «For, at the same time as they exalt the event, they also take it hostage.»** A globalised police-state, a total control, a terror based on "law-and-order" measures are already identified by Baudrillard in 2007 as consequences of a spectacular power, which backfires on the system, where «the real is superadded to the image like a bonus of terror».

 

« To hear with eyes belongs to love’s fine wit »*** . An intellectual exercise on the counterpoint, which Bach leads to the greatest heights in The Art of the Fugue, enables to understand it as «music for the eyes». The complexity of the variations on a theme, through the reversal, the increase, or the decrease transcribed in many melodic lines, transforms the score in a script for the eye. Indicating some reserves of invisibility, walking is bestowed a poetic content. The equality of musical voices as the foundation of polyphonic scores, concurs with democratic plurality. The Art of the Fugue, Bach’s most controversial work, considered as his musical testament and, in the eye of many musicologists, left deliberately unfinished, interrupts itself in its manuscript at bar No. 239 of the XIXth Counterpoint.

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*     Michel De Certeau, «Arts of doing» in The Practice of Everyday Life, Paris, Gallimard, 1990-1994.

**   Jean Beaudrillard, «The Spirit of Terrorism», Le Monde, 6 mars 2007.

*** William Sheakspear, Sonnet XXIII

 

 

 Ekaterina Vasilyeva,

 March 2016

AUGENMUSIK

 

La performance Augenmusik propose une réponse poétique à l’actualité, faisant corps avec la topographie de la ville et l’expérience propre de ses habitants. Les symboles du pouvoir sont remis entre les mains d’un être singulier. Ils sont à l’échelle d’un individu ; la marche, la géographie et la composition sonore interpellent de façon palpable le corps urbain. 

 

Les marcheurs passent le seuil de la ville par ses portes, points d’accès historiquement stratégiques permettant de la contrôler. Platon chasse les poètes de la cité idéale. Ils arrivent alors par l’extérieur, du dehors, en empruntant des axes menant à la place du marché. Centre de la vie sociale et lieu de rassemblement où se pratique la démocratie directe de la polis grecque, le marché opère également comme un signe d’économie marchande, et donc de spectacle. 

 

Les pratiquants ordinaires de la ville qui «vivent à partir des seuils où cesse la visibilité» - des marcheurs – trament l’itinéraire, transforment le système topographique de la ville en espace. « Ils donnent une nouvelle réalisation spatiale du lieu, de même que l’acte de parole donne une réalisation sonore à la langue ». Selon la formule de De Certeau, la marche devient “l’espace d’énonciation”. Les marcheurs apparaissent ici comme des figures de pèlerins dont la parole est prononcée par le corps. Liées à l’autorité, elles introduisent la rupture par la décontextualisation de l’objet fonctionnel qui prend force par sa transformation en signe. Le bleu - la couleur «royale». 

 

L’élan centripète des marcheurs, l’union physique des corps, produit le commun, manifesté par le son qui atteint l’unité à partir de la partition décomposée. L’harmonie de la partition originelle se trouve néanmoins trahie par le support sonore : la partition est produite par les sons synthétiques de la sirène. La situation d’alerte, la radicalité, la brutalité du spectacle «ressuscite à la fois l’image et l’événement. Car en même temps qu’elle exalte l’événement, elle le prend en otage »**. Une mondialisation policière, un contrôle total, une terreur sécuritaire, Baudrillard les constate déjà en 2007 en tant que conséquences du pouvoir spectaculaire, qui se retourne contre le système, où le réel s’ajoute à l’image comme «une prime de terreur». 

 

«To hear with eyes belongs to love’s fine wit» ***.  L’exercice intellectuel sur le contrepoint, que Bach mène au sommet dans l’Art de la Fugue, permet de l’entendre comme la «musique pour les yeux». La complexité des variations sur un thème, à travers l’inversion, l’augmentation, ou la diminution retranscrites en plusieurs lignes mélodiques, transforme la partition en écriture destinée au regard. En indiquant des réserves d’invisible, la marche prend une teneur poétique. L’égalité des voix musicales comme fondement de l’écriture polyphonique rejoint le principe de la pluralité démocratique. L’Art de la Fugue, l’œuvre la plus controversée de Bach, considérée comme son testament musical et laissée, selon de nombreux musicologues, volontairement inachevée, s’interrompt dans sa version manuscrite à la mesure 239 du Contrepoint XIX.

 

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*     Michel De Certeau, «Arts de faire» dans L’invention du quotidien.  

**   Jean Baudrillard, “L’esprit du terrorime”, Le Monde du 6 Mars 2007

*** William Sheakspeare, Sonnet XXIII

Ekaterina Vasilyeva,

mars 2016