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Hannah Kreile

MOI, JE JOUE

texte publié dans le catalogue de l'exposition "Là où nous sommes. Regard d'artistes sur l'antropocène", Paris, janvier 2016

 

 

La civilisation commence-t-elle là où apparaît le zabor ?

 

Jaune-et-vert.

 

Sous l’impulsion de la municipalité, les zabors (« barrière » en russe) prolifèrent dans les quartiers résidentiels de la ville de Moscou. La clôture biaisée protège la pelouse foulée aux pieds; chaque parcelle de terre est désormais encerclée. La « cuisson » de ces zabors est assez simple : il s’agit de souder à la va-vite des tubes, tuyaux de canalisation, barres de métal et les faire peindre à vue de nez.

 

L’environnement moscovite est divisé de manière rigide en « espace domestique », « espace de travail » et « espace de transit ». Ce n’est donc pas par hasard si les zabors se sont implantés dans les zones résidentielles, où ces quartiers sont davantage verts. Les barrières de métal préservent jalousement la nature, souvent enfermée dans des cours intérieurs d’immeubles ou circonscrite dans des parcs.

 

Cependant tout cela n’est pas si rudimentaire. En effet les jaunes-verts sont également un marqueur important du tissu urbain de Moscou. L’environnement saturé et opaque. Le zabor est en effet l’un des fondements historiques de l’urbanisme russe. Moscou est une villeforteresse et la muraille du Kremlin est un « zabor » aussi.

 

Sergei Medvedev, professeur à l’École des hautes études en sciences économiques de Moscou (EHESE), a retracé l’histoire et la signification particulière du zabor en Russie dans sa conférence intitulée Phénoménologie du zabor *. Ce dernier exprime non seulement la nécessité de s’approprier, fixer et défendre l’espace immense du territoire russe, mais également la réalité politique où l’État contrôle l’espace hiérarchisé, ainsi que le repli sur soi et la protection souvent paranoïaque de biens.

 

A son tour, Ekaterina Vasilyeva, artiste, poursuivant son étude des rapports entre l’environnement urbain et le paysage naturel, dresse et documente toute une typologie de zabors. Plus de 300 photos dévoilent à la fois la diversité et l’absurdité du phénomène en question.

 

L’artiste pousse les limites de son analyse et répond alors avec des maquettes de barrières moscovites, modules de jeu, dont les prototypes sont des zabors concrets. Une fois opérée, la transition du zabor au jouet, elle reformate ces structures initialement déformées tout en anticipant leur future dégradation. Le jouet manipulable prive la barrière de sa fonction répressive et définit le zabor comme une étape intermédiaire dans le développement de l’espace urbain moscovite.

 

Moi je joue.

 

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I, I PLAY

Hannah Kreile


Does the civilisation start where comes the zabor ?


Yellow and green. 

With the municipality impulsion, the zabors (“barriers”, in Russian) proliferate in the residential districts from Moscow. The biased fence protects the grass trampled; each parcel of land is now surrounded. The “baking” of these zabors is quite simple : it needs to weld quickly tubes, line pipe, metal bars, and paint them in an approximate way. 

The Muscovite atmosphere is divided in an inflexible way in “domestic space”, “work space” and “transit zone”. It is no coincidence therefore that the zabors have been located in residential spaces, where theses districts are more green. The metal barriers enviously preserve nature, often closed in courtyards of buildings or limited into parks. 

Nevertheless, all of this is not that rudimentary. Indeed, the yellow-green are also an important marker of the Moscow’s urban fabric. The saturated and opaque environment. The zabor  is indeed one of the historical foundations of the Russian urbanism. Moscou is a City-Fortress and the Kremlin wall is a “zabor” as well. 

Sergei Medvedev, professor at the School of Advanced Studies in Economical Sciences of Moscou (EHESE), has clarified the history and the particular meaning of the zabor in Russia in his conference named Phenomenology of Zabor. He talked about the necessity of appropriating, determining and defending the immense space of Russian territory, but also about the political reality where the state controls a layered space, as he controls the inward-looking attitudes and the protection, often paranoid, of properties. 

 

In turn, Ekaterina Vasilyeva, artist, following the line of her research about the linkages between urban environment and natural landscape, gives and documents a complete typology of the zabors. More than 300 pictures reveal at the same time the diversity and the absurdity of this phenomenon. 

The artist is pushing the boundaries of her analysis and answers thus with Muscovite barrier’s models, play structures, whose prototypes are real zabors. Once accomplished, the transition from the zabor to the toy, she reformats these structures originally distorted, while anticipating their future degradation. The handling toy deprives the barrier from its repressive function and defines the zabor as an intermediary step in the development of the Muscovite urban space. 

I, I play. 

 

 


Text published in the catalogue of the exhibition “Here we are. Views of artists on anthropocene.”
Paris, January 2016.