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Axe de révolution

Axis of Revolution (2014) is a 17-hour performance, during which the artists silently walked through Moscow from the very North point of it on the orbital highway to the very South point, carrying a 6 meter long 13,5 kilo heavy metal structural element of rectangular section. While the Sun was moving from the East to the West, they were heading forward along a straight 45 km long line through the city,  synchronizing their way across Moscow’s circular urban structure, that in its shape reminds the Copernican heliocentric model (Copernican Revolution), and constructing a cross with the trajectory of the Sun. The initial latin term revolution, as coined by Copernicus, means circular motion, while in everyday use it expresses a drastic overturn (usually in political sense). Further from being historically charged with the imaginaire of the Great Russian revolution, this ambivalence underlines  artists’ intention ‘to coordinate the movement of a cosmic body’ and their ‘intimate endeavor of inner profound revolution’ .  

 

Axe de Révolution serves as a powerful example of an abstract performance of absolutely non-functional nature, a pure semantic entity, that originated in the specific context and only gains its emotional intensity and meaning in relation to it. After extreme tightening of the internal politics, and return of state violence in 2011, 2014 became the point of no return in the contemporary Russian history. In the heat of war in Ukraine, it became clear that the country has taken the direction of repressive state, the beginning of return to the USSR’s politics of propaganda, state lies, blindness, isolation and nationalism. At this moment in history, two women, carrying a heavy iron beam through the streets of the Russian capital reference at once several layers of political, historical and cultural reality: a famous episode of Vladimir Lenin’s biography — carrying a beam together with the workers on the 1st May, 1920; the routine of construction works in contemporary Moscow landscape; the power relations structured by the city planning. In the climate of hysteria and paranoia that took over the mainstream media reality, the performance was perceived by many as a political protest action. It touched the nerve, provoked fear of another revolt, another anti-state action. A number of journalists, including the ones from state television, normally ignorant to contemporary art, arrived to cover the procession. In 2015 for the performance Axe de Révolution the artist duo was nominated for Kandinsky prize. 

 

text by Katya Krupennikova

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Axe de Révolution (2014) est une performance de 17 heures, durant laquelle les artistes ont marché silencieusement à travers Moscou depuis le point le plus au nord du cercle périphérique qui contourne la ville, jusqu’à son point le plus au sud, tout en portant un profil métallique de section rectangulaire mesurant six mètres de long et pesant 13,5 kilos.  Alors que le soleil avançait de l’est vers l’ouest, elles avançaient du nord au sud, en suivant une ligne droite de 45 km à travers la ville. Elles synchronisaient leur avancée avec la structure circulaire la ville de Moscou qui rappelle à son tour le modèle héliocentrique copernicien (la révolution copernicienne), alors que leurs avancée du nord au sud, traçait une croix, avec la trajectoire du soleil. 

 

Le terme révolution, originaire du latin et inventé par Copernic, désigne le mouvement circulaire, alors que chaque jour, ce mouvement exprime un renversement drastique (habituellement dans le sens politique de ce terme). Sans avoir voulu s’accompagner d’un lien à l’Histoire, mais du fait de l’imaginaire de la Grande Révolution russe, cette ambivalence souligne l’intention des artistes de « coordonner le mouvement d’un corps cosmique » et leur « effort intime d’une profonde révolution intérieure ».

 

Axe de Révolution apparaît comme un exemple puissant d’une performance     abstraite d’une nature complètement non fonctionnelle, une entité purement sémantique, née dans un contexte spécifique et qui obtient seulement son intensité émotionnelle et sa signification dans sa relation avec ce contexte. Après un resserrement extrême de la politique interne en Russie et un retour à un état de violence en 2011, l’année 2014 est devenue un point de non-retour dans l’histoire contemporaine russe. Au coeur de la guerre en Ukraine, il est devenu clair que le pays a pris le chemin d’un état répressif, soit le début d’un retour vers la propagande politique de l’URSS, vers les mensonges d’état, l’aveuglement, l’isolement, et le nationalisme. 

 

A ce moment de l’Histoire, deux femmes portant un profil métallique très lourd à travers les rues de la capitale russe, font référence d’une part à plusieurs niveaux de réalité politique, historique et culturelle : un épisode célèbre de la biographie de Vladimir Lenin portant une poutre, avec l’aide de travailleurs, le 1er mai 1920; la routine de travaux de construction dans le paysage contemporain de Moscou; les relations de pouvoir structurées par le plan de la ville. Dans le climat d’hystérie et la paranoïa qui a pris l’ascendant sur la réalité médiatique mainstream, la performance a été perçue comme un acte de protestation politique. Elle a touché un nerf central, a provoqué de la peur d’une autre révolte, une autre action contre l’État. Plusieurs journalistes, dont ceux des chaînes de l’État, d’habitude assez hostiles au monde de l’art contemporain, ont couvert médiatiquement la procession. En 2015, pour la performance Axe de Révolution, le duo d’artistes a été nominé pour le Prix Kandinsky. 

 

Texte par Katya Krupennikova