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Elena Sorokina

(Le Plus objets des objets)

crédit photo  Charlène Flores 

CRITIQUE INSTITUTIONNELLE

 

En revisitant les diverses traditions de la critique institutionnelle, la performance (Le plus objet des objets) exhibe non seulement les codes génériques de comportement et les règles disciplinaires standards au sein d’un musée, mais aussi la fonction de légitimation des institutions artistiques. Elle  met en échec l’hypothèse que les musées proposent des conditions neutres pour un spectateur (les musées, comme nous le savons, sont des constructions idéologiques). L’œuvre explore la dimension performative du dispositif disciplinaire muséal. Le langage des gardiens et les mouvements des visiteurs constituent une partie intégrante du savoir-pouvoir (Foucault) au sein des musées qui s’établit à travers la relation entre la parole et l’observation.

 

LE STATUT DE L’INSTALLATION 

L’installation (Le Plus objets des objets) ne cherche pas à transmettre l’expérience de la performance, ni à la documenter, mais plutôt à construire un espace de réflexion dédié à sa transmission.

 

L'opposition structurante depuis les années 1980 entre l’évanescence doctrinaire des performances et leur nécessaire préservation n’est plus valide telle quelle :  les performances sont aujourd’hui documentées, archivées et incorporée dans des collections, et la polémique tourne autour des modalités de leur transmission plutôt que sur leurs disparition programmée.

L’installation de (Le Plus objets des objets) répond à cette problématique très actuelle : elle est spécifiquement dédiée à montrer comment la performance persiste dans le temps . Elle consiste à créer un “espace de lecture” et de réflexion qui intègre certains éléments de la performance réalisée au Musée Zadkine en janvier 2019. À travers les images et les enregistrements audio, le spectateur peut saisir comment les gardiens-performeurs imposent des codes disciplinaires du musée afin d’installer une atmosphère oppressante, néanmoins à la limite de l’absurde. 

 

Par ailleurs, le contrat (qui fait partie intégrante de l’installation) ouvre la réflexion sur la transmission de la performance. Il vise ses futures incarnations dans une perspective socioculturelle et historique très large : la relation aux règles et à la discipline varient selon les pays et évoluent dans le temps.

 

La tradition historique de la critique institutionnelle croise ici des questions nouvelles : celle de l’infiltration au sein de l’institution et celle de la responsabilité de l’institution dans le processus de la mise en place des pratiques artistiques éphémères. A la signature du contrat, en acceptant d’accueillir l’œuvre, l’institution devient responsable de la mise en place du protocole à titre de co-créateur et au même niveau que l’artiste. Elle s’engage à dévoiler ses règles et son fonctionnement interne, et de mener un travail commun avec l’artiste, y compris au niveau administratif et juridique, afin d’intégrer le protocole dans le fonctionnement muséal ordinaire.

 

L’artiste initie une réflexion sur le dispositif muséal et invite des institutions à se questionner de l’intérieur. L’installation (Le plus objets des objets) rend ces questions visibles au public et révèle leur importance actuelle.

© katya ev (ekaterina vasilyeva), 2017

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