© katya ev (ekaterina vasilyeva), 2017

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D’en pas lent et ferme deux personnes avancent en accompagnant, par leur bras plié et tendu, le mouvement d’une barre de fer (de construction) dans l’espace. Levée du sol, du plan, cette ligne est transférée dans l’espace tridimensionnel qui se déploie autour d’elle, grâce à l’effort de ceux qui la portent. Elle mobilise l’espace, le perce, rend sa mobilité tangible, le révèle. Selon l’architecture que la procession traverse, la perception de sa dimension change. La barre lie les deux corps qui la portent tout en les obligeant à maintenir une distance tandis qu’elles partagent la charge commune.

L’axe est une condition: l’objet qui crée un sens dont nous prenons conscience en le portant et en avançant. Nous extrayons une action ordinaire - deux ouvriers portent un matériau de construction -du contexte du travail, la privons de sa fonctionnalité et la libérons de son appartenance de classe. Notre action est une cérémonie et un rite.

L’axe est un pivot que nous formons en avançant et en portant. C’est l’élément autour duquel se déploient des événements, mais aussi le temps et l’espace. Notre avancée est une tentative de saisir l’abstraction et la géométrie à travers l’effort démesuré, hors du commun.

L’axe est conditionnel : une ligne droite convenue perçant le cercle convenu. En réalité cet axe vertical est inexistant, c’est nous qui l’établissons en avançant et en le portant. La translation du Nord au Sud sur un plan correspond au mouvement du haut vers le bas, perpendiculaire à la projection de la trajectoire solaire de droite vers la gauche. Le mouvement de ceux qui marchent dans un espace est une avancée, ils marchent « tout droit », alors que le mouvement du soleil n’existe même pas : cette chorégraphie est possible grâce à la révolution de la Terre autour de son axe. Ainsi l’axe lie le factuel et le sensible.

Le corps et la ville se créent communément. Notre relation à la ville détermine notre expérience corporelle, la façon dont nous nous ressentons et dont nous nous voyons, ainsi que celle dont nous ressentent et nous voient les autres. Nous sommes intéressées par la recherche des limites de la ville, celles topographiques, sociales, sémiotiques, ainsi que par ce que la ville exclue de son quotidien selon les critères d’utilité, de la pertinence, et du bon sens. Ainsi, notre action se déroule comme un vécu corporel d’une expérience de ce qui est exclu, marginalisé, non-trivial; Elle élargie une expérimentation intime du chemin parcouru vers le domaine de la recherche des voies alternatives d’interaction avec le temps et l’espace.

Le chemin - dont la longueur est hors du commun - ainsi que l’échelle de l’objet créent les conditions d’une concentration maximale, dont le but est d’accomplir une tâche n’ayant aucune signification pratique. Notre marche crée une expérience commune, non dans un cadre fonctionnel, mais dans une relation d’intimité. La ville n’est plus un phénomène cartographique abstrait, elle devient littéralement une expérience corporelle. Tel un long pèlerinage qui permet le dépassement de soi, ce chemin de 45 km produit une autre façon de concevoir la ville, établit une nouvelle mémoire et crée donc la possibilité d’une histoire autre.

 

                                 Ekaterina Vasilyeva & Hanna Zubkova

                                                 texte publié sur internet la veille de la performance

Axe de Révolution, 2014

17 hours, 45 kilometers

site-specific performance, Moscow, August 2014

unique

courtesy of the artists

(Katya Ev & Hanna Zubkova)